Climat: la détermination des jeunes face à l’inaction politique

Quand la jeunesse pousse, les politiques finissent par agir. Le nombre et la diversité de leurs actions font plier les institutions politiques. En session cette semaine, le Conseil des États a accepté d’entrer en matière, sans opposition, sur une révision totale de la loi sur le CO2. Une chose impensable il y a encore quelques mois.

Par Hugo Cousino

D’ores et déjà débattue par le Conseil national en décembre dernier, la révision de la loi sur le CO2 avait été d’abord vidée de sa substance, avant d’être finalement rejetée par la chambre basse du Parlement par 92 voix contre 60 et 43 abstentions. Cette loi devait permettre à la Confédération de respecter ses engagements internationaux, notamment ceux pris en 2015 lors des Accords de Paris sur le climat, qui entendent maintenir le réchauffement sous la barre des 2 degrés au niveau mondial.

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  • Un jeudi matin, ils les ont réveillés

    La brûlante question du climat revient en boomerang et sans invitation dans les débats du Conseil national. Jeudi dernier, 19 septembre, lors d’une matinée de session habituelle, des activistes font irruption sur les balcons de la chambre basse du Parlement fédéral et interrompent la conseillère fédérale Viola Amherd en plein discours.


Déterminés à faire entendre leurs voix, ils scandent The Final Countdown avant d'entamer le célèbre chant des partisans italiens de la résistance pendant la seconde guerre mondiale Bella Ciao. Le message est clair: il faut se ressaisir de la question climatique, notamment via la loi sur le CO2, et prendre des engagements responsables.

Depuis, les initiatives se multiplient et le Conseil des États a saisi le dossier. Son président Jean-René Fournier a par ailleurs reçu la visite d’une dizaine de Valaisans partis de Sion lundi, lors du premier jour de la session de septembre.


Une pétition «goutte d’eau dans l’océan»

Des Valaisans ont également tenté de peser sur les débats du Conseil aux États lundi 23 septembre en allant rencontrer son président Jean-René Fournier. Ils n’ont pas encore 20 ans mais s’invitent déjà dans les débats des sénateurs. Dans le train qui file vers Berne, ils livrent les raisons de leur engagement pour cette cause.


C’est que le sujet les touche, la chambre haute du Parlement prenant des décisions qui impactent directement leur avenir. Et même si pour Jean-René Fournier, leur pétition n’est qu’une «goutte d’eau dans l’océan», elle a tout de même son importance.


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Diane Eggli et ses camarades de l'école Ardévaz (Sion) patientent avant de remettre leur pétition de 1200 signatures, dont celle de Greta Thunberg, au président du Conseil des états Jean-René Fournier.

Après avoir rencontré Greta Thunberg à Stockholm l’an passé, ces jeunes de l’école Ardévaz entendent poursuivre un mouvement global. Ils ont réuni un total de 1200 signatures, dont celle de la célèbre Suédoise et de centaines d’autres jeunes Valaisans. À force de pétitions, marches, manifestations, grèves et désobéissance civile, la balance commence à pencher.


Preuve que cela fonctionne: les cris d’alerte de la jeunesse résonnent jusqu’à la chambre haute du Parlement fédéral, qui a accepté tard lundi soir de rentrer en matière sur cette loi, sans opposition, par 11 voix pour, une abstention.

Voitures, avions et bâtiments: toutes taxes comprises

Les sénateurs se sont ensuite emparés du fond de la loi, proposant dès lundi de taxer les bâtiments dégageant trop de gaz à effet de serre. La valeur-limite d'émission pour les bâtiments dont le chauffage doit être remplacé s’élèverait à 20 kilos d'émission de CO2 au mètre carré par an. Mercredi 25 septembre, ils sont allés encore plus loin, avec l’idée d’augmenter le prix du carburant de 12 centimes par litre dès 2025. Le Conseil des états a aussi accepté de taxer les billets d'avion jusqu'à 120 francs de plus, en proposant de reverser la différence via les primes maladies. Le dossier doit revenir sur les bancs du Conseil national en décembre.

Des mesures contraignantes, c’est ce que demandait une partie de la jeunesse dans la rue. Mais pour les membres de Friday for Future, mouvement initié par Greta Thunberg, ce n’est pas suffisant.


«Il faut se diversifier dans les modes d'action, la désobéissance civile en est un» Hamza Palma, membre de Friday for Future

Pour les étudiants valaisans, c’est l’heure du retour à l’école. Après de longues heures d’attentes et un travail de plusieurs mois, couplé à de nombreuses autres initiatives, ces jeunes sont fiers d’avoir fait partie du mouvement, même si certains restent mitigés sur la suite du «combat».


Pour sortir de la crise climatique, le chemin reste encore long, mais même si certaines initiatives n’aboutissent pas, en matière de climat: qui ne se plante jamais n’a aucune chance de pousser.

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